Biographie

 

 Un jour, tout a basculé …

 

Il était une fois, l’histoire d’une jeune femme qui menait une vie des plus banales. Issue d’une famille d’artistes amateurs, elle a longtemps baigné dans le domaine artistique, sans pour autant être capable de créer quoi que ce soit. Mais elle ressentait déjà une grande admiration et émerveillement pour toutes ces personnes qui couchaient autant de beauté sur une toile ou un papier. Elle lisait beaucoup et allait très régulièrement à des expositions. Elle aimait particulièrement tous les artistes novateurs, ceux qui sortaient de l’ordinaire. Pendant ses études hispanisantes, elle a beaucoup étudié l’analyse et le rapport à l’image que ce soit au travers d’un dessin, d’une peinture ou d’une scène cinématographique et c’est donc tout naturellement qu’elle est devenue admiratrice des grands maîtres de la peinture espagnole comme Picasso et Dali.
Son diplôme de professeure d’espagnol en poche, elle a passé des années à transmettre sa passion, c’est à dire ce fort engouement qu’elle avait depuis toujours pour la civilisation et la littérature hispanique. A ses heures perdues, elle faisait de la danse et affectionnait tout particulièrement la danse contemporaine qui laissait beaucoup d’espace à la création et à la transmission des émotions.
 
Jusqu’au jour où … elle eut un accident de voiture et vécu peu de temps après, la perte de sa Grande-Tante, qui symbolisait pour elle tout le paradis de son enfance ... quant à l’accident, elle n’eut pas tout de suite de séquelles physiques immediates mais ce fut l’un des déclencheurs d’une maladie chronique qui commença à ce moment-là. A la mort de sa Grande-Tante, elle coucha tout d’abord sa peine et tristesse intenses sur un papier, en alignant juste des mots. Mais cela n’était pas assez, elle bouillonait de l’intérieur et n’arrivait pas à se maîtriser. Elle se vit alors en train d’aller acheter pinceaux et peintures, alors qu’elle n’en avait jamais fait, pour cracher ce qui l’enflammait de l’intérieur. De manière surprenante, sa main se mit à réaliser mouvements, formes et couleurs sur le papier immaculé de blanc.
 
C’est ainsi qu’elle commença à peindre. Mais au fil du temps, elle ressentit l’envie de créer plus de matières, de relief et ajouta progressivement à sa peinture du sable, de la terre, divers papiers, bois, mousses… et tout ce qu’elle pouvait trouver à proximité, s’initiant naturellement aux techniques mixtes. Son atelier se transforma en un véritable laboratoire d’expérimentations et de combinaisons extravagantes pour accéder à la singularité et originalité de chaque oeuvre. Progressivement prisonnière d’un corps qui ne pouvait plus danser ni avancer à cause de sa maladie, son envie de peindre est vite devenue une nécessité vitale. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui fait que sa peinture soit toujours vive et en mouvements. Elle est horrifiée par toute nature morte. Quant à l’Art, même s’il a toujours été présent dans sa famille, il est toujours resté au stade de “loisirs” et ne suffisait en aucun cas à en faire son métier. A ses débuts, les réactions de son entourage avaient été très diverses. Pour certains, ce fut de la totale indifférence avec de longs silences ... et pour d’autres, un réel enthousiasme. Cela l’a encouragé à aller de plus en plus loin loin et à progresser dans ce domaine. Mais elle avait très peu de temps pour peindre car entre son travail et son rôle de maman, il était très difficile de s’accorder des momentsCependant, la maladie a commencé à évoluer plus vite qu’elle pensait et s’est vite trouvée dans l’incapacité de travailler. Très peu de personnes ont réellement compris l’ampleur qu’avait pris la peinture dans sa vie.
Plus la maladie avançait en réduisant chaque jour son autonomie, plus l’envie de peindre lui était devenue vitale. Ne pouvant plus se déplacer certains jours, son salon s’était tout simplement converti en atelier, au grand dam de son mari et de ses enfants ... son sofa était devenu son bureau, exécutant maintes tâches administratives, allongée, confortablement depuis son canapé. Sincèrement, elle ne préférait pas penser quel aurait été son quotidien si elle n’avait pas eu la peinture. Etre une femme hyperactive, indépendante et pleine d’énergie, qui adore sortir et côtoyer du monde et progressivement voir son autonomie considérablement se réduire, être obligée de rester la majeure partie du temps chez soi et de commencer à dépendre de son entourage, dur dur à digérer… Son but n’a jamais été de se montrer comme victime, mais se dire que l’on va passer sa vie à souffrir, car pour l’instant, il n’y a pas réellement de remèdes ni de solutions est très difficile à assimiler … De tout de manière, son corps ne lui donnait plus le choix. Elle essaya donc de s’adapter en permanence à cette maladie très fluctuante qui varie de jour en jour et d’heure en heure… Mais elle tenait à aller de l’avant coûte que coûte et grâce aux nouvelles technologies, elle a pu s’auto-former dans la peinture sans être obligée de se déplacer. Elle a tout de suite voulu s’exprimer par l’abstrait. Avec le temps, elle appris à dompter les matières, les médiums et les couleurs et à explorer différentes techniques qui lui ont permis de construire petit à petit son univers. Malgré son état de santé, elle a su tout de même préserver son éternelle joie de vivre et son enthousiasme légendaire qui ont toujours eu soif d’idées et de s’exprimer. Même si elle ne peut l’exercer au quotidien, la peinture est son départ pour mille voyages, mondes et univers, elle est devenue son échappatoire indispensable à l’équilibre de son quotidien.
 
Totalement addicte, elle ne peut plus s’en passer, elle est devenue sa meilleure amie et alliée quand il faut traverser de longues périodes de douleurs et de solitude, en devenant tout simplement une partie intégrante de son âme et de son corps.
 
Il y eut aussi de longues périodes de découragement, quand elle n’arrivait pas à vendre des tableaux où quand le public n’était pas sensible ni à l’écoute de tout ce qu’elle avait mis dans ses peintures. Elle se disait alors que sa peinture était trop opaque et illisible. Désoeuvrée, découragée car à chaque fois qu’elle réalisait une oeuvre, elle y mettait toujours beaucoup d’elle et de son intimité. Les périodes aussi où la maladie repris le dessus furent très difficiles. Se déplacer était devenu à chaque fois une grande épreuve pour elle… Son corps parfois l’abandonnait et de longues traversées de désert et de dépressions se succédaient. Mais heureusement, très peu de temps après, il y avait toujours une petite étincelle qui apparaissait dans l’obscurité et qui lui permettait de remettre en route sa créativité. Pendant une période où elle broyait du noir, elle reçu l’appel d’un Centre Culturel qui lui demandait son accord pour réaliser une exposition en solo sur plus d’un mois et demi. Ne quelle fut pas son excitation ce jour-là ! mais aussi son angoisse, car c’est toujours en se dévoilant que l’on a peur des critiques. Mais en définitive l’exposition et le vernissage furent un succès et elle eut le droit à son premier article de presse. Elle enchaîna alors diverses expositions dans la région et peu de temps après, elle fut mise en relation avec une personne qui allait ouvrir une galerie et des ateliers artistiques dans une ville voisine. Le coup de foudre fut réciproque et l’entente fut immédiate. Ses oeuvres y furent exposées pendant dix mois mais malheureusement la galerie finit par fermer. Retour à la case zéro.
 
Elle essaya donc des marchés d’art, de créateurs et des salons pour développer sa présence au niveau local, mais physiquement, se déplacer lui venait de plus en plus difficile, même si sa famille l’aidait beaucoup.
 
Malgré tout ces obstacles, sa passion restait intacte essayant toujours de trouver d’autres voies et solutions. Puisqu’elle passait beaucoup de temps allongée à cause de sa maladie, elle décida d’en faire un atout et de développer tout simplement sa présence sur internet. Progressivement, elle y fit de merveilleuses rencontres et amitiés qui aimaient beaucoup ses peintures et qui l’encourageaient de jour en jour à poursuivre, ce qui mettait vraiment du baume au coeur. Pendant des expositions ou des salons, elle filmait aussi d’autres artistes peintres qui acceptaient de montrer ou de parler de leur travail. Elle aimait beaucoup les rencontres qu’elle faisait à chaque évènement ; Sa page facebook était comme un blog où elle essayait de montrer de jour en jour ses réalisations, occupations ou inspirations ; en bref, tout ce qui à trait à l’art et à la vie d’artiste.
 
Elle commence enfin à être reconnue comme artiste par d’autres confrères et professionnels de ce domaine et parvient tant bien que mal à s’adapter à son nouveau corps, à sa nouvelle vie en gagnant chaque jour en plénitude et harmonie malgré les montagnes russes que lui font vivre la maladie. Elle délecte s’exprimer, dompter et sublimer toutes ses émotions qui depuis longtemps bouillonnaient en elle. C’est comme si elle avait trouvé ce qu’elle avait cherché toute sa vie : son propre équilibre. Même si elle sait pertinemment que la route va être longue et encore parsemée d’embûches elle redouble de motivation et toute son énergie vitale et créative la poussent à aller de l’avant et à gravir progressivement des échelons.
Les portes commencent enfin à s’ouvrir, que ce soit au niveau local ou sur le net, le nombre de personnes qui la suit, qui achète ses oeuvres et qui apprécie son travail ne cesse de s’acroître.
Elle s’intéresse également à l’Art thérapie, pour qu’un jour peut-être, elle puisse transmettre à son tour, cet outil si formidable qu’est la peinture et ses multiples facettes. Le geste créateur permet de montrer que malgré la faiblesse ou le désarroi dans lequel nous pouvons nous trouver un jour, nous sommes tous dans la capacité de les transformer en force créatrice qui a le pouvoir de terrasser les moments les plus noirs de notre histoire.